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Quand des intercommunales mettent les gens sans défense à l'index Ma mère, octogénaire à l'optimisme définitivement usé, est veuve depuis plus de 4 ans, pensionnée et malade depuis bien plus longtemps encore. Depuis la mort de mon père, elle ne sort plus qu'exceptionnellement, le vendredi matin, pour, à petits pas mesurés, se délecter de banales emplettes, dans cette grande surface qui constituera à tout jamais le reflet d'un monde de consommation miraculeux qui, à ses yeux éblouis, l'a extraite de la misère de ses jeunes années. Cette escapade exceptée, elle ne quitte jamais sa vieille maison, qu'elle occupe depuis plus de 40 ans. Par ailleurs, comme tant de nos anciens éduqués dans l'extrême probité et la rigueur morale, elle s'est corseté, obsessionnellement, un canevas d'inflexibles obligations, auxquelles elle ne déroge jamais, par exemple quand il s'agit d'honorer quelque facture, le jour même de sa réception. Il lui arrive ainsi de me téléphoner en début d'après-midi pour regretter les irrégularités et les lenteurs de la distribution postale des temps qui courent, prior ou non, et me demander d'effectuer toutes affaires cessantes le virement indiqué, même si de petits intérêts, grâce à une date d'échéance avantageuse, pourraient lentement croître sur l'inévitable - et si modeste - livret d'épargne que les humbles se sont constitué au fil de leur long temps d'active petite main. *** Un récent courrier, incroyable tsunami dans sa vie d'horloge fatiguée, l'a complètement tourneboulée : une lettre dépourvue de toute référence, à la mise en page bricolée, à l'incroyable inélégance formelle qui heurterait le plus mauvais secrétaire. Ce courrier était commis par le " Responsables des affaires Juridiques et Assurances Netmanagement de la société Indexis ". Je viens d'écrire, à la lettre près, les titres emphatiques et stupides dont s'est gargarisé l'auteur, avec les erreurs orthographiques, les majuscules erratiques et le ridicule anglicisme, sous une signature impressionnante pour le non initié, et qui eut passé pour élégante, si une numérisation maladroite ne l'avait laidement pixellisée. Quant à son contenu, il recelait un ensemble d'inexactitudes, de menaces, de mises en demeure comminatoires, adressées à … mon défunt père, sous une adresse partiellement fausse, et se clôturait par les inévitables autant qu'alambiquées formules juridiques exaltant les " faire valoir par toutes voies de droit " et autres inévitables appels au juge qui ne manquera pas de " porter en compte les frais qui auront été exposés " … en vue de pallier les errements de l'incivique. Renseignements (difficilement) pris, il s'avère que les relevés d'index de ses consommations d'électricité et de gaz n'ont tout simplement pas été effectués depuis 2002 parce que, suite à une erreur administrative, la vieille maison était devenue une villa en construction, " non déclarée ", introuvable , et que donc, selon les responsables de cette fameuse société INDEXIS, " c'est comme si " (sic) ma mère, toujours absente, avait refusé pendant quatre ans, l'accès aux agents " releveurs ", et avait systématiquement ignoré les " cartes de relève " (resic). Au passage, il faut savoir qu'en ces 4 ans, elle n'a donc jamais reçu le moindre rappel précédant ce courrier fulminant… et qu'elle a, rubis sur l'ongle, honoré toutes les factures, via une domiciliation méticuleuse, évidemment calculées sur base du dernier index relevé, … en 2002. Et c'est ainsi que, sidéré, je découvre que IEH, IGH, IDEG, Électrabel… et toutes ces sociétés dont tant d'opaques intercommunales camouflées au mieux derrière des acronymes sibyllins, ont confié à une société unique (la fameuse Indexis), des pans d'activités (en l'occurrence ici la relève d'index) pour des raisons qu'ils nous diront évidemment d'efficacité, mais que nous savons de rentabilité. Quand on connaît les difficultés que rencontrent les personnes âgées, surtout de condition modeste, on ne peut qu'être inquiet : les libéralisations imminentes des fournitures d'énergie, aux tenants et aboutissants souvent incompréhensibles, même pour des gens informés, et les globalisations telles qu'évoquées ci-avant, risquent d'entraîner des drames (petits aux yeux des grands, certes) si ces " managers " aux accents anglo-saxons, ne s'imposent une gestion professionnelle (en l'occurrence, ici, on a vraiment affaire à des amateurs !) et surtout s'ils ne condescendent un regard humaniste pour tout ce bas monde qu'ils survolent, du haut de leurs titres ronflants. Abel DEBRUE
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Mise à jour le 4 janvier 2007 - Abel DEBRUE