| retour à la page d'accueil |
|
De nos écoles normales, qu'avez-vous compris, Madame la Ministre
Simonet ? Madame la Ministre, Vous m'avez distraitement serré la main, lors de votre rapide passage en ma Haute École de la Communauté Française, ISEP, institut supérieur, département d'enseignement pédagogique… Veuillez m'excuser, je ne m'y suis pas fait facilement… bref… en ma bonne vieille École Normale de Mons. " Encore un informaticien dans cette école ! ", m'avez-vous dit… et vous ne m'avez pas laissé le temps de vous expliquer que j'étais avant tout pédagogue, et vous n'avez pas non plus compris que, dans notre école, on formait de futurs éducateurs, de futurs maîtres, pas des ingénieurs, pas des techniciens, pas des informaticiens, pas des médecins d'animaux. Vous y étiez passée, pressée, en réponse indéniablement courageuse aux troubles qui, de notre lointaine région en frémissement, avaient reflué vers votre ministériel cénacle. C'était, l'an passé, au moment où nos étudiants, eux aussi bien courageux, avaient décidé que la coupe était pleine, mais plus encore leurs auditoires. Vous les avez écoutés ; ils vous ont expliqué leurs enseignants corsetés par des normes invraisemblables, face à des groupes pléthoriques, contraints à des tâches administratives multiples, tatillonnes et ridicules, ils vous ont dit leurs cours brisés, leurs salles de classes insuffisantes, aux portes ouvertes pour que, du dehors, ils entendent la voix de leurs maîtres … Qu'avez-vous compris, Madame la Ministre ? Qu'ils étaient trop peu nombreux, ces professeurs, ces femmes et ces hommes qui se battent, aux cours à cours, pour donner à leurs jeunes citoyens, futurs formateurs de citoyens, des outils pour forger au mieux les demains des demains ? Vous n'avez rien compris... Non, vous avez compris, Madame la Ministre, que ces jeunes français superfétatoires coûtaient à notre Communauté, qui s'enorgueillissait naguère à s'appeler …Française. Qu'il ne fallait, certes pas, les renvoyer chez eux, non, simplement les empêcher de venir. Vous n'avez rien compris… Vous n'avez pas compris, Madame la Ministre, que notre école était officielle, donc ouverte, que notre école était une école … d'écoles, pas un institut de vétérinaires aux blouses blanches, aux dispendieux équipements à multiplier, à moderniser, que ces étudiantes et ces étudiants étaient notre richesse et non notre perte, le creuset d'une culture proche mais autre, dans laquelle se fondait, en se fortifiant, la nôtre, le reflet d'un grand courage, venant des " quatre " coins de l'hexagone, éloignés de leurs proches pendant des mois, confiants et reconnaissants de l'accueil qui leur était réservé… Vous n'avez pas réalisé, Madame la Ministre, comment et à quel prix, des enseignants ont réussi à intégrer ces hôtes dynamiques, les miracles opérés, les déplacements effectués, non remboursés d'ailleurs ou de manière insignifiante, pour courir les bâtiments parfois éloignés, dans lesquels les activités sont, malgré tout, menées, à grande créativité organisationnelle, inversement proportionnelle aux débours causés à votre frileuse petite bourse. Et vous vous préparez à couper dans le gras. A tout casser, pour faire place nette. A faire fi de tout ce bénéfice humain. Et vous n'hésiteriez pas à mésestimer, - je deviens boulier compteur, me comprendrez-vous mieux alors ? - les retombées économiques ainsi causées à des régions qui furent si longtemps oubliées des ors des pouvoirs en place capitale ? Permettez, d'un simple enseignant, Madame la Ministre, une petite suggestion : venez nous revoir, nous rencontrer à nouveau, nous écouter encore, venez entendre l'engagement de notre Guillaume de Bretagne, en son kot de Mons, les espoirs de notre Aude souriante, de Nantes, en son internat de Tournai. Lui, et elle, et eux, et elles, et nous, vous convaincrons, réussirons à vous transmettre notre enthousiasme, nos certitudes. Tant d'arguments, à ce point incontestables, évidents, vous conduiront à revisiter votre jugement ; et cela vous grandira, Madame la Ministre, aux yeux des générations en éveil. Au-delà des étiquettes politiques qui vous caractérisent, ces qualités écloraient, que vous entendez promouvoir, qui vous seraient alors reconnues et attestées dans toute leur acception : de vos préoccupations, on verrait le Centre : Démocratie, et Humanisme.
Abel
DEBRUE. |
| retour à la liste des textes retour à la page d'accueil |