Article paru en carte blanche du soir, le 6 juin 1996 |
| À propos de l’accord relatif au financement des Hautes-Écoles, je ne suis pas sûr ... |
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Je
ne suis pas sûr qu’il fallait braquer
tous les feux philosophiques sur les réductions des différences de
traitement entre les réseaux. Finalement, si l’élève coûte moins cher,
« officiellement », dans le réseau libre, est-ce dû à une meilleure
gestion ? Peut-être les réviseurs d’entreprise auraient pu dire autre
chose. Mais, justement, voilà une mesure qui disparaît du plan Grafé. Je
ne suis pas sûr qu’un traitement équitable des écoles, quelle
que soit leur appartenance soit si défavorable à l’enseignement laïc,
comme la pensée unique voudrait nous le faire croire. J’ai évidemment dit
traitement équitable. Il ne s’agit pas ici de traiter également ce qui,
par ailleurs, resterait inégal à maints égards. ·
Je
ne suis pas sûr
qu’il ne
fallait pas toucher au minerval des étudiants du supérieur. Rien n’est
plus inéquitable que l’égalité de traitement de ce qui est manifestement
inégal. Des étudiants qui rangent leur grosse cylindrée turbo-métallisée
au parking de l’école, qui n’ont « que » 80.000 f. par mois d’argent
de poche (sic), dont les parents ont un niveau de vie étincelant de
richesses (souvent non déclarées)... continueront à payer demain le même
minerval que mes enfants, des enfants de prof, et que les enfants de ces
ouvriers hier qualifiés de VERLIPACK ou de ALEUROPE , au chômage depuis
six mois, sans préavis et sans indemnité de licenciement.... (quand, par
miracle, la sélectivité sociale de l’École permet à ces enfants
d’atteindre ce niveau d’études) ·
Par
contre je suis sûr
que les
autres mesures du statut du supérieur vont miner de manière inéluctable la
cohérence et la solidarité du corps enseignant et donc la qualité de leurs
prestations. En effet, une hiérarchie est mise en place, dans laquelle je
me sens méprisé, « fonctionnarisé », ridiculisé, caporalisé.
Aujourd’hui, ce 6 juin 1996, je suis nommé professeur. Le 1er septembre,
je deviendrai assistant. Comme ça. Le
ministre l’a voulu. Assistant de qui ? de quoi ? Je pourrai devenir un
jour chef de travaux. Ou assistant
en chef. Si mon directeur, si ma Haute École le veut. Je serai, plus tard chargé de cours. Je pourrais
même redevenir professeur. Tout peut arriver.
Si ma Haute École le veut bien. Mais peut-être faudra-t-il que je sois à
Sa disposition pendant
39 heures par semaine ? Dans des écoles mastodontes privées de moyens
financiers (ils sont bloqués jusqu’en 2001 quelle que soit l’augmentation
de population), sans aucun moyen matériel à ma disposition, sans
infrastructure, sans possibilité de préparer mon travail d’enseignant dont
seule l’étiquette aura changé, livré à l’arbitraire dans une jungle où la
recherche de la promotion risque de constituer dans le corps enseignant la
saine émulation que laisse entrevoir l’absence totale de critères
permettant de se hisser dans la stupide hiérarchie qui nous est
aujourd’hui concoctée. C’est dans ces conditions qu’on me demandera de
former les 75 étudiants qui seront devant moi, et qui devraient, demain
devenir des instituteurs.... ·
Je
suis par contre sûr
de
l’habileté de mon ministre. Comme sa collègue, mais en beaucoup plus malin
(dans toutes les acceptions du terme), il est près d’atteindre son seul
objectif : un verrouillage budgétaire insensé. Après le secondaire
émasculé, le supérieur hiérarchisé-ordonné, sera stérilisé. Avant que
demain, le primaire ne soit infantilisé. Divisions assurées. Après le
grand frisson du minerval qu’on allait relever, mais auquel on ne touchera
pas... les étudiants (divisés ?) vont se calmer. Après la mèche de la
bombe philosophique habilement allumée puis éteinte.... l’indécente
satisfaction socialiste. Peut-être même CGSPiste... ?
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Je
suis
sûr,
la rage
au ventre, que chaque jour, un peu plus, sont foulés aux pieds les idéaux
de justice sociale et de bien-être collectif. Et qu’un enseignement public
réellement au service de ces idéaux est plus illusoire que jamais. ·
Je
suis sûr
enfin que
les décisions sont tout sauf faciles, qu’il n’y a pas de « n’y qu’a »....
mais qu’on n’en sortira qu’en touchant aux tabous, qu’en faisant voler en
éclats cette pensée unique qui nous enveloppe et nous castre... Au delà de tous les
conservatismes. Et de toutes les Chapelles et les Temples partisans.
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Abel
DEBRUE Professeur
(bientôt assistant) dans l’enseignement supérieur pédagogique de la
Communauté Française , Info-didacticien, Délégué syndical CGSP |